Green IT : de quoi parle-t-on vraiment ?
Le Green IT désigne l'ensemble des démarches visant à réduire l'impact environnemental du numérique. Le terme recouvre trois champs distincts qu'on confond souvent : réduire l'impact du matériel, réduire l'impact des logiciels et services, et utiliser le numérique pour réduire l'impact d'autre chose.
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Trois champs, trois métiers
Le Green IT au sens strict
Réduire l'empreinte du matériel et des infrastructures : allonger la durée de vie des équipements, améliorer le rendement des centres de données, réemployer plutôt que remplacer. C'est le champ historique du terme.
L'écoconception de services numériques
Réduire l'empreinte de ce qu'on produit : sites, applications, services. C'est le champ du RGESN et de l'EcoIndex, et c'est celui où une agence web intervient.
L'IT for Green
Utiliser le numérique pour réduire des impacts ailleurs : optimisation logistique, pilotage énergétique des bâtiments. Utile, mais souvent invoqué pour justifier des usages dont l'impact propre n'a jamais été mesuré.
Où se situe l'impact, et pourquoi c'est contre-intuitif
Le réflexe commun est de penser aux centres de données, immenses et énergivores. Les travaux de référence sur l'empreinte du numérique en France, notamment ceux menés par l'ADEME et l'Arcep, aboutissent pourtant à une conclusion différente : la fabrication des terminaux domine largement le bilan. Ordinateurs, téléphones, téléviseurs, box.
Cela déplace complètement le levier d'action. Le geste le plus efficace n'est pas d'économiser de l'électricité au moment de l'usage, c'est de ne pas provoquer le remplacement d'un appareil. Un service numérique qui exige un matériel récent pour fonctionner correctement pousse au renouvellement. Un service sobre prolonge la vie du parc existant.
C'est aussi pourquoi le nombre d'éléments d'une page pèse trois fois plus que son poids dans le calcul de l'EcoIndex : c'est la variable qui représente l'effort demandé au terminal.
Ce qu'une organisation peut réellement faire
- Allonger la durée de vie du parc. Le levier le plus puissant, et le moins numérique de tous.
- Ne pas exclure les appareils anciens. Un site qui reste utilisable sur un téléphone de cinq ans est un site qui n'oblige personne à en changer.
- Mesurer avant d'annoncer. Une note EcoIndex ou un bilan carbone donne une base de départ. Sans mesure, une démarche Green IT n'est qu'une intention.
- Réduire ce qui est chargé, avant d'optimiser ce qui reste.
- Choisir un hébergement transparent, qui publie ses indicateurs plutôt que des promesses.
Les pièges du terme
« Green IT » est devenu un argument commercial, ce qui appelle deux prudences. La première : une entreprise peut afficher un centre de données alimenté en électricité renouvelable tout en produisant des services qui accélèrent le renouvellement du matériel. Le bilan complet n'est pas forcément celui qu'on affiche.
La seconde : la compensation n'est pas une réduction. Financer des projets environnementaux est une bonne chose, mais cela ne rend pas sobre un service qui ne l'est pas. Les deux démarches se cumulent, elles ne se remplacent pas.